L’aspiration endotrachéale retire les sécrétions de la trachée d’un patient trachéotomisé avec une sonde fine passée dans la canule. Elle vient après la toux, l’humidification, l’aérosol ou la kinésithérapie, quand ces moyens ne suffisent pas. C’est un geste invasif, appris avec un soignant, et le fait d’aspirer trop souvent irrite les voies respiratoires. Cette page décrit le principe, les risques et les signes qui imposent d’appeler, sans remplacer cet apprentissage.
Quand un proche rentre à la maison avec une canule de trachéotomie, l’aspiration est souvent le soin qui impressionne le plus. On a peur de mal faire, de faire mal, ou de ne pas savoir quand l’utiliser. Cette page s’appuie sur la brochure destinée aux patients et à leurs proches des Cliniques universitaires Saint-Luc (Bruxelles) et sur la procédure de soin du CHUV pour le patient trachéotomisé.
En quoi consiste l’aspiration endotrachéale ?
Le but de l’aspiration, écrit la brochure de Saint-Luc, est d’éliminer des voies respiratoires les sécrétions et de faciliter la respiration. Une sonde fine, reliée à un appareil d’aspiration, est introduite dans la canule de trachéotomie, puis retirée. La même brochure y voit même un avantage de la trachéotomie : l’élimination aisée des sécrétions.
La procédure du CHUV détaille trois objectifs : garder les voies aériennes libres, éviter les bouchons de mucus qui provoquent des zones de poumon mal ventilées, et prévenir l’épuisement lié à une toux inefficace. Elle précise aussi que le soin peut servir à recueillir des prélèvements pour analyse.
L’aspiration naso-pharyngée suit le même principe par le nez, chez une personne qui n’a pas de canule. Les sources lues pour cette page décrivent surtout le cas du patient trachéotomisé, qui est aussi le plus fréquent à domicile.
Les gestes qui passent avant la sonde
L’aspiration n’est pas le premier réflexe. Selon Saint-Luc, on commence par expectorer : retirer le filtre, inspirer profondément la bouche fermée et tousser fort pour faire remonter les sécrétions, avec un mouchoir à portée de main. Si le patient est dégagé de cette façon, il n’est pas nécessaire de l’aspirer.
D’autres moyens aident à fluidifier ou à drainer : le filtre-nez qui retient la chaleur et l’humidité de l’air expiré, l’aérosol de sérum physiologique qui humidifie les voies aériennes, la kinésithérapie respiratoire en cas d’encombrement. Le kinésithérapeute peut aussi aspirer si les exercices ne suffisent pas.

Cet ordre explique un principe central : aspirer ne se fait pas « par précaution ». L’air qui passe par la canule est plus sec et plus froid qu’après un passage par le nez, ce qui épaissit le mucus. L’humidifier d’abord, c’est souvent éviter d’aspirer. Le sujet de l’humidification des aérosols est repris sur la page consacrée au nébuliseur et à l’aérosolthérapie.
Quand aspirer, et à quelle fréquence ?
Aucune fréquence unique n’existe. La brochure de Saint-Luc dit que la fréquence des aspirations varie en fonction des besoins du patient. La procédure du CHUV ne fixe aucune fréquence non plus, et elle met en garde : une aspiration trop fréquente peut augmenter les sécrétions par irritation.
L’aspiration doit donc être justifiée, efficace, la plus hygiénique et la plus courte possible, pour limiter les risques d’infection et les lésions. Le CHUV demande d’analyser d’abord la nécessité du soin et d’en évaluer l’efficacité ensuite : saturation, écoute des bruits respiratoires, respiration plus facile, toux qui diminue ou persiste.
Ce que les deux sources n’indiquent pas, c’est un rythme à suivre à la lettre. Le bon rythme est celui que l’équipe qui suit le patient a défini avec lui.
| Question | Brochure Saint-Luc (patients et proches) | Procédure CHUV (soignants) |
|---|---|---|
| Fréquence des aspirations | Varie selon les besoins du patient | Aucune fréquence fixée ; une aspiration trop fréquente peut augmenter les sécrétions |
| Premier réflexe | Tousser, retirer le filtre, expectorer | Analyser la nécessité du soin avant de commencer |
| Canule interne | Nettoyée au moins deux fois par jour, davantage si besoin | Changée une fois par 24 heures, contrôlée 4 à 6 fois par jour |
| Qui réalise le soin | Patient et proches, après apprentissage avec un soignant | Une personne expérimentée, ou en sa présence |
Qui aspire à la maison ?
La brochure de Saint-Luc range l’aspiration parmi les « gestes à apprendre avec un soignant » pour rendre le patient et ses proches autonomes. Elle précise ce qui doit être appris : connaître les indications, utiliser le matériel, aspirer les sécrétions et observer leur aspect. Un soin qu’on n’a pas appris avec un professionnel ne s’improvise pas.
Autour du patient, la même brochure liste les intervenants : le médecin généraliste, l’infirmier pour les soins de la canule au domicile, le kinésithérapeute pour l’encombrement, le pharmacien ou le prestataire pour le matériel. Le matériel de base comprend un appareil d’aspiration et des sondes, un appareil de nébulisation, des filtres d’humidification, une seconde canule interne et un jeu de canule externe de rechange.
Le CHUV, de son côté, demande que le soin soit réalisé par une personne expérimentée ou en sa présence, avec une prescription médicale pour certaines situations, que l’on voit plus bas.
La technique de soin, vue de l’extérieur
Pour le patient comme pour l’aidant, il aide de savoir ce que fait un soignant pendant le soin, sans que cette page serve de mode d’emploi. Le CHUV décrit un enchaînement hygiénique : lavage des mains, sonde stérile à usage unique, canule interne laissée en place, sonde remontée progressivement en aspirant et selon la tolérance du patient, sans mouvements de va-et-vient. La sonde est ensuite jetée.
La brochure de Saint-Luc précise que la sonde se choisit en fonction de la canule et que le passage de la sonde reste très bref. Chaque détail (taille de sonde, durée, pression de l’appareil) dépend du patient et du matériel. Ces valeurs figurent sur la prescription et dans l’apprentissage reçu à l’hôpital, jamais dans une page d’information générale.
Pour le ballonnet, quand la canule en comporte un, Saint-Luc indique que le dégonflage régulier se fait avec aspiration simultanée, pour que les sécrétions retenues ne descendent pas dans les voies aériennes inférieures. Un soin qui demande d’être accompagné au début, dit la brochure.
Risques et situations qui demandent une prescription
La procédure du CHUV est franche : l’aspiration est un soin invasif, anxiogène et à risques. Elle peut provoquer un inconfort, de l’anxiété et des douleurs. Le soignant doit être attentif aux plaintes du patient et lui demander comment il a vécu le soin.
| Risque cité par le CHUV | Ce que cela veut dire |
|---|---|
| Hypoxémie, arythmies, bradycardie | Baisse passagère de l’oxygène dans le sang, troubles ou ralentissement du rythme du cœur |
| Inconfort, anxiété, douleur | Le soin est désagréable et peut faire peur |
| Réflexe vagal | Nausées, vomissements, ralentissement du cœur |
| Lésions des muqueuses et saignements | La sonde peut irriter ou blesser la paroi de la trachée |
| Bronchospasme, broncho-aspiration | Resserrement brutal des bronches, ou passage de sécrétions dans les poumons |
| Décanulation, contamination | Canule déplacée, microbes introduits dans les voies aériennes |
Le CHUV précise qu’une prescription médicale écrite est exigée dans plusieurs situations, dont l’hypertension intracrânienne, un pneumothorax non drainé, un bronchospasme, des troubles de la coagulation, une chirurgie récente ou une hypoxémie sévère (liste non exhaustive). Ce n’est pas au patient ni à l’aidant de trier ces cas : l’équipe qui a prescrit l’aspiration l’a fait en connaissance de son dossier.
Elle ne donne ni taille de sonde, ni pression d’aspiration, ni durée, ni nombre de passages. Ces valeurs relèvent de la prescription et de la formation reçue. Un soin appris sur le papier, sans un soignant à côté pour corriger le geste, reste un soin à risque.
Signes d’alerte et conduite en urgence
La brochure de Saint-Luc dresse la liste des signes à transmettre rapidement au médecin. Elle les classe en trois familles.

La brochure décrit aussi deux urgences. Si la canule est bouchée par des sécrétions, elle conseille de garder son calme, de tousser fort ou d’aspirer, puis, en l’absence de résultat, de retirer la canule interne, de la nettoyer et de la remettre, et de contacter le médecin si la respiration ne s’améliore pas.
En cas de décanulation accidentelle, c’est-à-dire de canule sortie du cou, elle recommande de ne pas paniquer, de respirer normalement par l’orifice et, si l’on ne parvient pas à remettre la canule, de composer le 112 en apportant la canule de rechange. Ces conduites s’apprennent avant le retour à domicile : elles sont rappelées ici, pas enseignées.
Plus largement, les fiches de la rubrique ventilation et trachéotomie accompagnent les patients qui vivent avec une canule. Le respect des consignes d’hygiène y revient sans cesse, car la trachéotomie est une porte d’entrée possible pour les infections.
Après le soin : ce qu’on surveille
Le CHUV prévoit une surveillance après chaque soin : état respiratoire et cardiaque, aspect et quantité des sécrétions, propreté et perméabilité de la canule interne, stock de sondes suffisant, anxiété et douleur du patient. Tout est noté dans le dossier.
À la maison, ce suivi prend la forme d’observations simples que l’infirmier ou le médecin veulent connaître : couleur et abondance des sécrétions, fréquence des aspirations dans la journée, facilité à respirer après. Les pages de suivi prévues par la brochure de Saint-Luc servent à cela.
Pour les patients ventilés par un appareil, la page sur la ventilation non invasive à domicile décrit le suivi du matériel et les repères d’un premier semestre. Qui rédige ces pages se lit sur la page À propos.
Questions fréquentes
L’aspiration endotrachéale fait-elle mal ?
La procédure du CHUV la décrit comme invasive, anxiogène et pouvant provoquer inconfort, anxiété et douleur. Elle demande d’être attentif aux plaintes du patient et de prévoir une aide si nécessaire. Un geste précis, rapide et bien appris limite la gêne.
Combien de fois par jour peut-on aspirer ?
Aucune des deux sources ne donne de nombre : tout dépend des besoins du patient et de la prescription. Le CHUV rappelle qu’aspirer trop souvent peut augmenter les sécrétions. Le bon rythme se définit avec l’équipe.
Un proche peut-il aspirer sans être soignant ?
Oui, à condition d’avoir appris le geste avec un soignant : la brochure de Saint-Luc le range parmi les gestes à apprendre pour le patient et ses proches. Sans cet apprentissage, il ne faut pas le faire.
Quelle différence avec l’aspiration naso-pharyngée ?
La sonde passe par le nez, et non par la canule de trachéotomie. Elle s’adresse à un patient qui n’a pas de canule. Le principe est le même : dégager les voies aériennes en retirant les sécrétions.
Que faire si la sonde passe difficilement dans la canule ?
La brochure de Saint-Luc cite une sonde d’aspiration difficile à passer parmi les signes à transmettre rapidement au médecin. Elle ne détaille pas de conduite pour ce signe : on prévient l’équipe.
Faut-il aspirer avant de dégonfler le ballonnet ?
La brochure indique que le dégonflage du ballonnet se fait avec aspiration simultanée, pour que les sécrétions retenues ne descendent pas. Ce soin s’apprend avec un soignant et se fait selon les instructions du médecin.
Aspirer bien, c’est aspirer peu et au bon moment : après avoir toussé, humidifié, parfois nébulisé, et avec un geste appris. Quand quelque chose change, du sang, une douleur nouvelle, une sonde qui ne passe plus, on appelle sans attendre.
Cliniques universitaires Saint-Luc (Bruxelles), brochure La gestion d’une trachéotomie, pour le patient et ses proches. CHUV, procédure de soin « Aspiration endotrachéale chez le patient tracheotomisé » (adulte, validée en février 2019). Ces documents s’adressent à des patients et à des soignants : ils ne remplacent ni l’avis médical ni la formation donnée à l’hôpital. Pages consultées en octobre 2026 ; les consignes du service qui suit le patient priment.
Infirmière en pneumologie et soins à domicile — qui écrit ici.